Mea culpa...

Se remettre en question n'est jamais chose facile et occupe d'autant plus l'esprit quand un agenda est assez vide pour laisser tant de place à la réflexion. Je tiens tout d'abord à rectifier une chose, la Belgique est certes un pays différent de la France, mais n'en est aucunement pire ou mieux qu'ailleurs. J'avoue avoir été beaucoup trop regardant à certains points, et surtout, à ne me focaliser que sur ceux-là, en oubliant que je détestais bien des choses en France. Je me retrouve à passer l'été dans ce qui est certes mon pays de naissance, mais où j'arrive pas moment, à ne plus me sentir vraiment chez moi. Par exemple, j'abhorre ce comportement qui consiste à raconter sa vie chez les petits commerçants, à savoir si Tante Yvonne, ou les petits-enfants vont bien, comment va la famille, et compagnie, le tout pendant 10 bonnes minutes alors que bon nombre de personnes attendent aussi derrière vous. De même que ce fleuriste qui se plaint quotidiennement de la perte de chiffre d'affaires due aux travaux du tramway à Reims... Les Français ont une image de râleurs continuels, à manifester et à faire grève à la moindre opportunité - surtout si cela leur permet d'obtenir un jour de congé en plus ou de pouvoir faire le pont. Ce trait de caractère provient sans doute du système scolaire dans lequel nous sommes tous élevés en France. Un système où analyser, comparer, avoir l'esprit critique, remettre en question, pour finalement rendre des dissertations de plusieurs pages, est extrêmement valorisé au niveau de la notation. Même si cette méthode comporte des avantages, elle apporte aussi son flot de points négatifs...

Tout cela pour en venir au fait que j'ai toujours été accueilli chaleureusement par les Belges, même si certains ont croisé ma route avec des mots difficiles à entendre, notamment les personnes âgées. Mais en ce qui concerne celles et ceux que j'ai côtoyées aussi bien d'un point de vue privé, qu'au cours de mes études, elles ont su me considérer tel quel, et ont souvent été mises à rude épreuve par mes critiques acerbes et répétées sur la société belge. Je souhaite donc m'excuser auprès de Logan, Flore, Olivier, Jean-Benoît, Adrien, Frédéric, Grégory, Thomas, Cathleen, Arthur, Elisabeth, Elodie, Adeline, Elsa, Djamila, Esther, Sébastien, Sophie, Alison, Laura, Laurent, Michaël, Djamal, et encore plus auprès de Christopher. M'excuser principalement aujourd'hui pour tous les mots blessants que j'ai pu avoir envers certains, mais aussi pour cet agacement perpétuel que j'ai provoqué de plus en plus fréquemment ces derniers temps... Je peux comprendre qu'il faudra sans doute du temps pour être pardonné, si je dois l'être bien entendu, pour retrouver un climat serein et détendu entre toutes ces personnes et moi... Je serai de retour à Bruxelles dans un mois, et je compte bien faire en sorte d'être plus facile à vivre, et surtout de parler de ce qui me plaît en Belgique. Les nombreux espaces verts de Bruxelles sont par exemple un énorme havre de paix contrairement à bien des endroits en Europe, où le béton armé et le bitume ont envahi les espaces privés et publics. J'aime aussi la richesse architecturale de cette ville, où la brique est abondamment utilisée, et où de nombreux bâtiments sont de purs chefs-d'oeuvre architecturaux. Etc.

Me faire à la vie quotidienne en Belgique n'a pas été chose aisée, notamment au tout début de mon expérience, mais toutes les personnes que j'ai précédemment citées, m'ont apporté à leur manière, par leurs mots, leurs gestes, ou leur affection, la volonté que j'ai aujourd'hui, celle de vouloir rester dans ce "plat pays", sûr d'y apprendre encore beaucoup de choses tant au niveau académique, que personnel, grâce à l'échange avec les autres... Il est peut-être trop tard pour tenir de telles paroles et envisager de telles résolutions. L'erreur est humaine, admettre la sienne est inhumain. Elle permet cependant de faire le point sur ce que l'on souhaite réellement dans sa vie. Tant au niveau des amitiés, de l'amour, des études, mais aussi tout simplement pour soi-même. J'y ai déjà trouvé certaines réponses d'une manière plus que certaine. Je peux vivre en Belgique aussi bien qu'ailleurs, y être pleinement heureux, tant que j'y ai de quoi manger, de quoi étancher ma soif, des amis avec qui partager des moments de rires - et parfois de doutes - même si j'y ai finalement perdu la chose la plus importante à mes yeux : l'amour. Personne ne peut dire de quoi demain sera fait : les vrais problèmes que nous devons affronter au quotidien sont ceux auxquels nous n'aurions jamais pensé une seule seconde. J'espère que vous comprendrez toutes et tous à quel point je souhaite faire d'énormes efforts pour ne plus vous paraître négatif à longueur de journée ou de soirée, et surtout à profiter un peu plus de vous tous. Vous êtes uniques, vous êtes désormais des hommes et des femmes qui me manquent déjà énormément, et j'espère vous revoir tous très vite...
5 commentaires:
Anaël,
Je viens de lire les 2 derniers messages que tu as placés. Il est vrai que tu parles très bien. Tu dis :"L'erreur est humaine, admettre la sienne est inhumain.", là je ne suis pas d'accord avec toi. Cela est humain et de très grand courage de reconnaître ta faute. Je ne peux donc que te pardonner car il est vrai que certain soir je t'aurais étrangler car tu étais énervant avec ta douce France mais j'essayé de laisser couler car je me disais que tu ne devais pas avoir facile dans notre Belgique.
Enfin, je ne peux te dire que courage et que notre porte te sera toujours ouverte, mais si je peux me permettre, uniquement au nouvel Anaël.
Gros bisous et bonne chance dans ta nouvelle vie.
Michaël.
Bonsoir,
Je suis arrivé sur ton blog au hasard d'un lien qui annonçait "Site perso". J'ai lu quelques-uns de tes articles, les plus récents en fait et ... quelque part en moi, tes mots, mais plus encore ton histoire, m'ont touchés.
Tant ton mea-culpa, que ta rencontre avec ton ami ou bien même, dans un style plus amusant, ta découverte de notre belle région sont poignantes et souvent criantes d'humanité.
Je pourrais te dire "Bon courage" ou "Ca passera" mais que valent ces mots de la bouche d'un inconnu. C'est pourquoi je te dirais simplement "Bon vent". Une nouvelle vie est là, juste devant toi, probablement pas celle dont tu rêvais ou espérais mais c'est la tienne. Aujourd'hui, elle doit te paraître bien fade, brumeuse, incertaine, ...
On apprend tous de nos erreurs, et ce sont des expériences souvent difficiles et tellement déplaisantes.
Que le vent souffle et t'emporte là-bas où l'horizon est dégagée et le bonheur à portée de main ...
Un passant, Liégeois, de 31 ans.
Francophile depuis que j'ai passé mon CE2 dans le système scolaire français, originaire francophone des "cantons de l'Est" belges (la Communauté germanophone), et romaniste de formation, j'ai développé pour "l'Esprit français" une certaine admiration, qui n'est toutefois pas aveugle (la mentalité française n'est pas exempte de défauts).
Cela dit, je pense qu'il est humain d'être fier de son pays et de relever les défauts de celui dans lequel on est amené à vivre. Il est aussi humain de râler et de critiquer. A mon avis, seule l'expression des critiques diffère.
Je suis un grand râleur moi-même et je peux en fatiguer plus d'un avec mes éternelles insatisfactions. Pourtant, j'ai observé une chose : en général, j'exprime plus souvent ce que la plupart de mes compatriotes ont l'habitude de garder pour eux-mêmes. Or, non seulement, ça me donne un air d'éternel insatisfait qui passe mal auprès de mes proches, mais en plus l'absence de contradictions de mon entourage m'empêche de saisir à sa juste valeur l'impact des mots qu'il m'arrive de prononcer. Si on me dit parfois que "j'exagère", on ne me donne généralement pas les arguments de son point de vue. Et me voilà frustré du débat que mes remarques espéraient susciter.
Je ne pense pas que la seule année que j'ai vécue dans le système scolaire français - a fortiori en classe de CE2 - aurait suffi à me rendre plus bougon qu'un autre, mais j'ai appris à comprendre de l'intérieur que les Français ne s'entendaient pas aussi violemment que ce que les Belges entendent.
Le "clash" verbal est un sport national en France, un jeu qui fait presque partie du folklore. Le Français ne craint pas de se prendre au sérieux, d'exagérer, d'attaquer personnellement et de faire des effets de voix. (C'est d'ailleurs ce qui rend d'ordinaire vos campagnes électorales bien plus passionnantes que les nôtres).
Le Belge moyen, par contre, cherchera d'abord à apparaitre comme le plus humble et le plus inoffensif. Ca ne veut pas dire qu'il n'a pas en lui des choses à redire, mais qu'il tournera d'abord sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler et qu'il tâchera de se faire comprendre par l'implicite, la dérision voire l'autodérision. Parfois, il se sentira même obligé d'ajouter un "C'est pour rire" déculpabilisateur... mais qui n'en pense pas moins.
Je ne crois pas que la comparaison des deux mentalités - l'une fière et décomplexée, l'autre discrète et modeste - doit mener à en trouver une meilleure ou plus facile que l'autre. Personnellement, je trouve les deux très attachantes et j'ai bien du mal à choisir celle qui me convient le mieux. Et si je suis francophile en Belgique, je suis le plus Belge des Belges en France...
Enfin, je suis convaincu que si tu as ressenti le besoin de présenter tes excuses à tes amis, c'est que tu en avais besoin et que tu espères qu'ils entendront tes remords sans douter de ta sincérité. C'est tout le mal que je te souhaite, car les amis, ça n'a pas de prix!
Bonne continuation en Belgique!
beautifully captured sentiments...
from a beautiful soul :-)
c'est passionant ! comme la vérité, la sincérité sont agréables.
Le naturel est pénible des fois à accepter, d'où la nécessité d'un caractère fort.
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