
Ils s'étaient mariés alors qu'ils n'avaient que 19 ans. Puis la vie, les guerres, ou les difficultés, ne les ont jamais séparés. Ils fêtèrent dignement leurs noces de diamant il y a quelques années. Soixante années passées ensemble côte à côte, dans le bonheur comme dans l'adversité. Mais il y a deux jours, sa femme s'est éteinte et l'a laissé tout seul alors que leurs noces de platine allaient bientôt être célébrées... Une véritable histoire d'amour comme seuls quelques rares livres ou contes pour enfants sauraient aujourd'hui en raconter. Pourquoi ? Car de nos jours, les magazines alignent leurs couvertures de corps tous plus musclés et plus bronzés les uns que les autres - sans y mentionner la grande aide fournie par Photoshop - la télévision nous encourage à chercher toujours plus de partenaires sexuels, et les sites de rencontres étalent leurs membres de premier choix - ou de seconde main - pour finalement tomber dans une surenchère qui n'en finit plus. L'être humain ne réalisant plus ce qu'il a sur le moment, préfère quitter la personne actuellement à ses côtés pour trouver quelque chose d'autre, persuadé qu'il réussira à trouver mieux ailleurs. Et le temps passant, il atteint 20 ans, puis 25, puis 30, et réalise que les plus belles années où il était facile de batifoler à droite et à gauche, sont désormais derrière lui... et surtout qu'il a sans doute commis certaines erreurs à laisser des personnes qui l'aimaient, passionnément ou non, d'amour ou de simple amitié, derrière lui.

Beaucoup ne se voient plus passer leur vie aux côtés de quelqu'un mais juste "un petit bout de chemin"... Pour aller où ? Dans quel but ? Ni l'un ni l'autre des deux protagonistes d'un couple ne seront capables de le dire. Beaucoup s'amusent, jouent avec des femmes et des hommes pour "essayer", dans le seul but de chercher une relation qu'ils idéalisent peut-être trop justement. Et puis s'en suivent les tromperies, les mensonges, les silences, quand personne n'ose parler pour ne pas révéler l'indicible... Enfants, nos parents nous ont lu et relu à longueur de soirée les livres qui dictaient le chemin parfait de la vie ; celui qui était supposé nous apporter notre bonheur : la rencontre de l'âme soeur, un travail parfait, l'achat d'une maison, le premier enfant, puis le deuxième, les vacances au bord de la mer tous ensemble, et finalement l'arrivée des petits-enfants... Puis la société de consommation a ravagé les modèles prédéfinis et l'être humain a pris l'habitude de trouver toujours mieux, toujours plus, et toujours plus bon. A l'image d'un rayon de tablettes de chocolat, avec tout d'abord le premier prix fabriqué à base de graisse végétale, à ses côtés le Côté d'Or aux noisettes, le Lindt au lait aux crêpes dentelle de Bretagne, le Nestlé dessert, ou encore le Poulain 1848 extra noir aux éclats de framboises... Et si l'homme ne savait plus se contenter de ce qu'il a déjà ? Résultat, une fois la tablette entamée, le papier délicatement ôté, il s'habitue à la saveur, en oublie le plaisir que le premier carré procurait à ses papilles, et il finit, lassé, par tout simplement passer à une autre !

Y a-t-il vraiment mieux à trouver ailleurs ? Comment peut-on être si sûr que telle ou telle personne sera plus apte à vivre à nos côtés ? De là à dire que la société de consommation nous a tous transformé en salauds et en garces - oui, je pense utile de souligner que l'émancipation des femmes a aussi eu des conséquences ravageuses parmi la gente féminine - il semblerait n'y avoir qu'un pas... Que se passera-t-il, dans cinq ou dix ans, lorsque vous croiserez un de vos vieux amants ou une de vos anciennes maîtresses au détour d'une rue ou d'un couloir et que vous réaliserez que finalement vous avez cherché quelque chose que vous aviez déjà ? Finalement vous partagerez votre vie avec quelqu'un vous offrant simplement la même chose que cet ex ressurgi du passé vous proposait... Peut-être même serez-vous tous les deux toujours célibataires, à parcourir de temps en temps les sites de rencontres qui vous avaient mené l'un à l'autre. A vouloir le chocolat au lait, le chocolat noir, et enfin le chocolat blanc, mais aussi le cul de la vendeuse, ou la bite du vendeur, sans oublier la carte de fidélité et deux chocolats gratuits, nous avons tout simplement oublié le plaisir simple et originel que nous voulions connaître : la saveur d'un morceau de chocolat, son fondant, sa douceur, mais aussi sa force... Un peu à l'image de ce que nous cherchons chez un autre, mais comme d'habitude nous en voulons toujours plus ! Mais eux, cet homme et cette femme mariés à 19 ans, eux se sont aimés, se sont contentés de ce qu'ils avaient, et ce, pendant près de 70 ans...