22 octobre 2009

It's just a perfect day...


Une journée peut se résumer à peu de choses, mais aussi à beaucoup d'évènements insignifiants qui donnent le sourire ou procurent un sentiment de satisfaction... Sortir difficilement de son lit le matin. Sentir le froid automnal agresser sa peau à peine après avoir franchi le pas de la porte de son immeuble. Se diriger précipitamment vers la station de tramway Abbaye de la ligne 94. Passer à côté d'un couple qui promène son labrador tous les matins à la même heure, et sur qui le temps ne semble avoir d'emprise. Admirer les couleurs rougeâtres que prennent les feuilles des arbres, en ce début d'automne, et en regarder une tomber inexorablement, pour qu'elle puisse encore mieux renaître au printemps prochain. Voir le paysage urbain défiler sous ses yeux. Se rendre compte que l'on avance plus vite en utilisant les transports en commun qu'au volant de sa voiture dans les tunnels de l'Avenue Louise, complètement congestionnés aux heures de pointes. Croiser les regards d'autres personnes et essayer de deviner à quoi peuvent-elles bien penser de si bon matin. Opposer la tristesse à la joie, la fatigue au repos, la jeunesse à la vieillesse, la modestie à l'opulence. Ecouter la Nocturne n°9 de Chopin. Avoir l'impression que le monde extérieur devient tout à coup visible sous un autre angle après en avoir occulté l'aspect sonore. Ne plus entendre le brouhaha de la capitale qui s'éveille, ni les klaxons presque incessants, et encore moins la conversation de cette fille brune pendue à son GSM depuis cinq minutes.


Passer chez EXKI place Stéphanie et emporter un chocolat chaud. Se brûler les lèvres et mettre à rude épreuve ses gencives au contact du breuvage encore bouillant. Pousser la lourde porte en fer forgé de son bureau. Gravir une à une les quelques marches de marbre blanc qui mènent au hall d'entrée magistral. Appuyer sur le bouton d'appel de l'ascenseur et composer le code qui mène au 3ème étage. Laisser se dérouler la matinée devant son ordinateur sous les toits d'un immeuble bourgeois. Écouter le bruit de la pluie qui tombe sans discontinuer sur les Velux. Penser qu'on aimerait être bien au chaud, blotti sous la couette contre l'homme qu'on aime, plutôt qu'à s'évader devant ce tableau citadin qu'un peintre romantique aurait pu peindre par le passé. Exécuter les tâches que l'on vous donne à effectuer. Répondre aux e-mails d'amis proches qui connaissent des ruptures amoureuses. Essayer de leur apporter tout le soutien possible. Les assurer de notre disponibilité s'ils en ont besoin. Constater que les gens aiment à compliquer leur existence alors que tout pourrait être si simple et éviter beaucoup de souffrances inutiles. Partager quelques rires et anecdotes avec des collègues de travail. Laisser l'après-midi défiler au rythme des coups de téléphone et des réceptions de fax. Être soi-même. Être récompensé par de nombreux avis positifs sur son travail, tant sur la qualité, que la quantité et la rapidité. Rentrer dans le moule, se laisser malaxer, et se fondre dans la masse. Ne pas en penser moins cependant.


Se rendre chez Zadig & Voltaire, et jouer avec les nerfs de la vendeuse. Faire croire que l'on est assistant personnel d'une chef d'entreprise qui dépense des centaines d'euros dans ce magasin par mois. Lui demander d'emballer un CD à 5 € dans du papier de soie et de le placer dans un joli petit sac. Aimer voir le ressentiment que celle-ci peut montrer devant les autres clients, surtout à la vue d'une Visa, d'un MasterCard business, et d'une Amex dans un portefeuille. Remonter en direction de la rue Defacqz pour quelques mètres, jusqu'à atteindre le Pain Quotidien. Profiter de l'atmosphère chaleureuse qui s'en dégage grâce à l'utilisation omniprésente de bois brut, recréant cette ambiance si particulière, toute droit sortie de la campagne flamande. Se délecter de cette odeur de levain, mélangée à celle du sucre. Arriver au croisement des deux lignes 81 et 94. Remonter la rue du Bailli, puis flâner dans le quartier du Châtelain, idéalement un mercredi en fin d'après-midi, quand a lieu le marché hebdomadaire, où les étals de fruits et légumes contrastent avec leurs couleurs, le plafond nuageux grisâtre qui règne bien souvent sur Bruxelles. S'éloigner de ces rues pour rejoindre le parc Tenbosch à quelques pas de là. Arriver après sa fermeture lors des horaires d'hiver et longer les grilles qui le ceinturent. Sentir la nature encore moite d'une averse passée. Profiter de ce mélange d'odeur d'humidité et de sous-bois, alors que la brique et les pavés envahissent les abords de ce jardin à l'anglaise, réputé pour ses nobles fréquentations et son calme. Eprouver un élan de délectation. Sourire sans vraiment savoir pourquoi. Être tout simplement bien. Rentrer chez soi, et tout recommencer...